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La machine américaine est en route : direction Avranches

Les GI's souffrent dans la bataille des haies, guerre de brousse (comme disent les Allemands). Impossible de lancer les chars à travers des champs barrés par les haies. Les chemins creux abritent des canons d'artillerie. Les pertes sont très lourdes: la progression américaine, entre La Haye-du-Puits et Lessay, leur coûte 1000 morts au km, la prise du Mont-Castre, 5000 hommes (M. Boivin). Les soldats sont épuisés, trempés jusqu'aux os par les pluies continuelles qui retardent l'offensive.Le général Bradley est découragé. Les Américains détestent ce satané pays. La Normandie, c'est leur Vietnam avant l'heure.

L'Amérique gronde, s'impatiente. Elle exige une victoire décisive. Elle attend son héros. Georges Patton est arrivé incognito dans le Cotentin, avec son armée. Il attend son heure. Comme tous les généraux, Patton est fasciné par Avranches : la porte de la Bretagne ouverte à toutes les aventures, toutes les audaces. Patton connaît Avranches. Son voyage de noces l'a conduit au Mont-Saint-Michel. Il va revenir, avec 250 000 hommes derrière lui ! Ils sont prêts. Chaque commandant de char est en liaison-radio avec les pilotes d'aviation. Patton dispose d'une arme secrète: les Rhinos. Un soldat bricoleur a résolu le problème des haies. Un char armé de barres de fer a été lancé, comme un rhinocéros, contre un talus qui a cédé. Le sergent Curtis venait d'inventer le remembrement. Trois chars sur cinq sont équipés de ce système. Un million d'hommes se marchent sur les pieds dans la tête de pont. Il faut percer, vite !

Avranches possède en cet été 1944 une valeur stratégique sans égal (Blumenson) ; Patton
va y lancer une offensive dans quatre directions à la fois ; événement militaire rarissime

25 juillet : LA PERCEE

Les Anglais multiplient les attaques près de Caen pour fixer les Allemands. Rommel tombe dans le piège. Il masse les panzers dans le Calvados.

La porte du Sud-Manche s'ouvre. Le verrou de la défense allemande va sauter à la Chapelle-en-Juger. Il faut anéantir les 2.200 hommes de la division Panzer-Lehr. Le 25 juillet, 2246 forteresses et Libérators larguent 60.000 bombes sur un front de six kilomètres. Dessous c'est l'enfer, la terre tremble. C'est le plus grand bombardement en tapis de la Seconde Guerre mondiale. Les Allemands sortent hébétés des fortifications. Certains ont sombré dans la folie. Les Américains s'engouffrent dans la brèche. Coutances est libérée le 28 juillet. Les Allemands se reprennent, opposent une résistance opiniâtre, puis s'effondrent, mais personne n'en a vraiment conscience.

Quatre divisions américaines descendent vers Avranches dans la plus grande confusion. L'armée allemande du Cotentin Ouest, qui résiste encore, n'est plus reliée à Caen que par le central téléphonique d'Avranches. Quand Von Kluge est averti de l’arrivée des premiers Américains dans la ville, il réalise l'étendue du désastre. Hans le sage, c'est son surnom, est au bord de la crise de nerf. Pour les Allemands la situation est devenue "Riesensauerei", un sacré merdier (Blumenson).

OPERATION COBRA

La véritable percée du front s'est déroulée à la Chapelle-en-Juger. C'est l'opération Cobra imaginée par Bradley. Son exploitation a permis l'échappée à partir de Pontaubault.
Cette action fut décisive grâce à l'audace du général Patton.L'armée française a été brisée en 1940 par la Percée de Sedan, l'armée Allemande ne se relèvera pas de la Percée d'Avranche
s.

Textes de Michel Coupard et Jack Lecoq